Psychotraumatisme

Stress post-traumatique : 

 

 

L'ensemble des troubles psychiques immédiats, post-immédiats puis chroniques se développant chez une personne après un événement traumatique ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique.
Ces troubles peuvent s'installer durant des mois, des années voire toute une vie en l'absence de prise en charge, ils entraînent une grande souffrance morale liée à des réminiscences (mémoire traumatique) avec la mise en place de conduites d'évitement (pour y échapper : phobies, retrait), des conduites d'hypervigilance pour tenter de les contrôler et des conduites dissociantes pour tenter de les auto-traiter (conduites à risque et conduites addictives anesthésiantes).

 

Ce sont des troubles psychiques qui présentent une forte prévalence sur la vie entière, de 5 à 6 % pour les hommes, de 10,5 à 13,8 % pour les femmes.

  • Il s'agit de troubles psychologiques méconnus, sous-estimés, fréquents, graves, durables, qui vont peser lourdement sur la santé des victimes traumatisées et sur leur avenir affectif, social et professionnel.

  • Difficiles à diagnostiquer car masqués par une comorbidité (des troubles psychiques et organiques associés) au premier plan

  • Représentant un enjeu majeur de santé publique et un grave problème de société

On distingue deux types de psychotraumatismes :

  • Psychotraumatismes de type I quand l'événement est unique (accident, attentat, incendie, catastrophe naturelle...)

  • Psychotraumatismes de type II quand l'événement est répété ou durable (maltraitance physique psychique et/ou sexuelle de l'enfance, violences conjugales).

Les différents types de traumatismes sont :

Traumatismes non intentionnels :

  • Catastrophes naturelles et industrielles

  • Accidents, incendies...

  • Deuils violents, maladie grave

Traumatismes intentionnels :

  • Violences collectives : d'états, guerres, génocides

  • Violences extérieures: délinquance, agressions, viols, prises d'otages, attentats, homicides

  • Violences institutionnelles, au travail

  • Violences intrafamiliales : maltraitance, violences conjugales, inceste

Les violences inter-humaines sont les plus grandes pourvoyeuses de psychotraumatismes.

 

La prise en charge des troubles psychotraumatiques et de leurs conséquences est essentielle et doit être la plus précoce possible, ce qui la rend d'autant plus efficace, et permet d'éviter des vies fracassées et d'arrêter un cycle de violences subies ou agies qui se produisent de générations en générations.

  • Mémoire traumatique et dissociation sont responsables de toutes les conséquences médicales, somatiques et psychologiques, les plus sévères, les plus chroniques et les plus handicapantes.

Conséquences sociales des violences sur l'apprentissage, sur les capacités cognitives, sur la socialisation, sur les risques de conduites asociales et de délinquance, sur les risques d'être à nouveau victime de violences ou d'en être auteur.

Les troubles psychotraumatiques sont fréquents

  • La prévalence d'un évènement traumatogène est de 30%.

  • La prévalence des psychotraumatismes sur la vie entière est de 5 à 6 % pour les hommes et de 10,5 à 13,8 % pour les femmes.

  • Le risque de développer des troubles psychotraumatiques (un état de stress post-traumatique) est de 24 % après un événement traumatisant.

  • Les psychotraumatismes de type II liés aux violences répétées sont les plus fréquents.

Les causes

Les troubles psychotraumatiques de type II sont:

  • Liés aux guerres, aux violences d'état.

  • Liés a à la maltraitance physique et sexuelle de l'enfance, aux violences intra-familiale, violences institutionnelles, scolaires sur les enfants.

  • Liés aux violences faites aux femmes, violences sexistes, mutilations génitales, mariages forcés, prostitution, violences conjugales (enquête ENVEFF en 2000, 10 % des femmes concernées dans l’année qui précède, jusqu'à 20% selon d'autres enquêtes).

  • Liés aux violences sexuelles

Les troubles psychotraumatiques surviennent:

  • quand la situation stressante ne va pas pouvoir être intégrée corticalement, on parle alors d'effraction psychique.

  • les traumatismes qui sont susceptibles d'être à l'origine de psychotraumatismes sont ceux qui sont vont menacer l'intégrité physique (confrontation à sa propre mort ou à la mort d'autrui) ou l'intégrité psychique : situations terrorisantes par leur anormalité, leur caractère dégradant, inhumain, humiliant, injuste, incompréhensible (l'horreur de la situation va être à l'origine d'un état de stress dépassé, représentant un risque vital)‏.

  • la violence intentionnelle, l'impuissance, la soudaineté, l'imprévisiblilité, le caractère inexplicable, monstrueux, particulièrement injuste du traumatisme sont en cause.

Les troubles psychiques spécifiques au pasychotraumatisme

Ils sont liés à des mécanismes de sauvegarde exceptionnels, psychologiques et neurobiologiques, déclenchés lors du stress extrême et du risque vital que génère le traumatisme, ces mécanismes sont responsables d'une déconnexion du circuit de réponse au stress entraînant une mémoire traumatique, une dissociation avec anesthésie affective et physique.
Ces troubles psychotraumatiques :

  • vont être à l'origine des conséquences les plus graves, les plus fréquentes des violences sexuelles.

  • vont être à l'origine d'un état de souffrance permanent.

  • vont transformer la vie des victimes en **«un enfer», «un état de guerre permanente», «sans espoir de s'en sortir».

Ce sont des conséquences normales de situations anormales

Les troubles psychiques spécifiques se répartissent en :

  • état de stress aigu, détresse, avec ou sans une dissociation péritraumatique, troubles psychotiques brefs, jusqu’à 1 mois après le traumatismes.

  • état de stress post-traumatique (>1 mois), chronique (>6 mois), différé, avec la triade pathognomonique : syndrome de reviviscence, syndrome d'évitement, hyper-réactivité neurovégétative :​

  • syndrome d'hyperactivité neuro-végétative : hypervigilance, état d'alerte et de contrôle, sursaut, insomnie, réveils nocturnes, hypersensibilité, irritabilité, colères explosives, troubles de la concentration et de l'attention.

  • syndrome d'évitement : évitement phobique de toutes situations se rapportant au traumatisme ou pouvant rappeler l'événement, évitement de la pensée, développement d'un monde imaginaire ; évitement de toute situation douloureuse ou stressante, émoussement des affects, désinvestissement des relations interpersonnelles, perte de l'anticipation positive de l'avenir.

  • syndrome de reviviscence = mémoire traumatique : pensées récurrentes sur les violences, ruminations, souvenirs intrusifs de tout ou partie de l'événement ( sensations douleurs, bruits, paroles ), agissements soudains comme si l'événement allait se reproduire, flash-back, illusions, rêves répétitifs, cauchemars, vécus intensément avec une forte angoisse et détresse, l'accouchement peut être une situation de réactivation des réminiscences.

Symptômes de dissociation souvent importants : état de conscience altérée, troubles de la mémoire, de la concentration, de l'attention, sentiments d'étrangeté, d'être spectateur de sa vie, dépersonnalisation, compagnon imaginaire.

  • état de stress post-traumatique complexe : proposé pour décrire les conséquences chez des victimes de violences interpersonnelles répétées sur une longue durée (Trauma de type II de Terr). Il est défini par plusieurs critères, dont certains font aussi partie de la personnalité limite :

    1. une altération de la régulation des émotions avec une impulsivité marquée et des comportements auto-destructeurs.

    2. des perturbations de l’attention ou de la conscience, pouvant entraîner des épisodes dissociatifs.

    3. une altération de la perception de soi, avec des sentiments permanents de honte ou de culpabilité, et un sentiment de vide.

    4. une altération de la perception de l’agresseur, qui peut être par exemple idéalisé.

    5. des relations interpersonnelles perturbées, avec une incapacité à faire confiance ou à avoir une relation intime avec autrui.

    6. des symptômes de somatisation.

    7. des altérations cognitives avec une perte d’espoir.

Les troubles psychiques associés, souvent sur le devant de la scène

Ce sont des :

  • troubles de l'humeur : présents dans 50% des ESPT (état de stress post-traumatique), dépression, épisodes maniaco-dépressifs.

  • troubles anxieux : anxiété généralisée , crises d'angoisse, attaque de panique, phobies, agoraphobie, phobies sociale, troubles obsessionnels compulsif.

  • troubles de la personnalité : personnalité limite (border-line), asociale.

  • troubles du comportement auto agressif : tentatives de suicide (x10 en cas d'ESPT par rapport à la population générale), automutilation.

  • troubles addictifs : consommation de drogues , d'alcool, jeux (alcool chez 52 % des hommes et 28 % des femmes et de consommation d'autres substances psychoactives chez 35 % des hommes et 27 % des femmes).

  • troubles des conduites : conduites à risques, fugues, conduites d'hypersexualité, marginalisation, conduites violentes.

  • troubles du comportement alimentaire : boulimie, anorexie.

  • troubles du sommeil : narcolepsie (somnanbulisme, hallucinations narcoleptiques, paralysies du sommeil, cataplexie, hypersomnolence diurne)

  • troubles de la sexualité.

Les troubles psychotraumatiques spécifiques chez l'adolescent

Les symptômes sur le devant de la scène sont :

  • des difficultés scolaires, échec scolaire, absentéismes

  • des troubles relationnels, retrait et phobie sociale, difficultés relationnelles, irritabilité, colères

  • des conduites à risques dissociantes ++ : mises en danger, sports extrêmes, jeux dangereux (risque d'accidents très important), auto-mutilations, conduites addictives (tabac, alcool, drogue), fugues, sexualité à risque, violences envers autrui, agressivité, délinquance

  • des troubles dissociatifs avec troubles de la vigilance, vie imaginaire très importante, anesthésie affective, sentiment d'étrangeté particulièrement par rapport à son propre corps

  • des troubles de l'alimentation (anorexie, boulimie) et du sommeil

  • des troubles anxieux et dépressifs avec des tentatives de suicide

Les conséquences sur la santé physique

Elles comportent des plaintes somatiques fréquentes, chroniques, résistantes à toute prise en charge si les troubles psychotraumatiques ne sont pas identifiés et pris en charge - le plus fréquemment : une fatigue chronique et des douleurs chroniques intenses (hypervigilance et tensions + contractures musculaires) : céphalées, douleurs musculo-squelettiques, ++ dorso-lombalgies, douleurs neurogènes, prise de poids importante ou amaigrissement.

  • des troubles gastro-intestinaux très fréquents : gastralgies, nausées, vomissements troubles du transit, anisme, ballonnement, colite spasmodique…

  • des troubles génito-urinaires très fréquents : dysménorrhée, endométriose, vaginisme, douleurs pelviennes chroniques, cystites à répétition…

  • des troubles cardio-vasculaires : palpitations, HTA, coronaropathie, respiratoires : asthme, bronchite chronique, dyspnée, neurologiques : épilepsie.

  • des troubles endocriniens : troubles thyroïdiens, diabète, et des troubles de l'immunité.

  • des troubles ORL : acouphènes, otites, angines à répétitions, dentaires, dermatologiques: eczéma, psoriasis, prurit.., des troubles allergiques.

Des conséquences graves sur la vie personnelle (affective et amoureuse), sociale, scolaire et professionnelle

 

Si les troubles psychotraumatiques évoluent de façon chronique sans prise en charge adaptée et spécialisée, elles comportent - des risques de fugue et de départ précoce de la famille, risque de placement, risque de se retrouver en foyer, seul(e), avec une vie amoureuse et sexuelle difficile, séparé(e) de on conjoint, sans enfant ou avec des grossesses précoces.

  • des risques d’échec scolaire et d’interruption et d’abandon des études, des orientations professionnelles non désirées.

  • des risques de se retrouver sans travail, au chômage, en arrêt de travail prolongé, en invalidité ou à la MDPH (adulte handicapé).

  • des risques de se retrouver en retrait social, cloîtré chez soi avec des phobies sociales importantes.

  • des risques de marginalisation, d’exclusion : risque de se retrouver sans chez soi, SDF, risque de se retrouver en situation de grande pauvreté, risque de se retrouver en situation prostitutionnelle.

  • des risques de se retrouver à nouveau victime.

  • des risques de délinquance, de violences agies.

Pronostic et conclusion :

1) Le pronostic est d'autant plus favorable

  • que la prise en charge est précoce et spécialisée.

  • qu'il s'agit d'un traumatisme de type I.

  • que la victime peut compter sur un soutien (membre de sa famille, amis, professionnels du social).

  • que l'accompagnement est de qualité, à la fois médical, scolaire, social, judiciaire et familial.

  • que la continuité des soins est assurée avec une prise en charge psychothérapique.

2) Les facteurs de gravité sont

  • la gravité du traumatisme et des séquelles et l'existence de violences physiques.

  • l'intensité des réactions péri-traumatique et des symptômes de dissociation.

Dans les traumatismes de type II avec ESPT complexe, la gravité augmente :

  • si le traumatisme est lié à une intentionnalité humaine et s'il est intra-familial.

  • en cas de d'agressions sexuelles (30% à 70% de ESPT).

  • en fonction de situations de discrimination et de la situation de vulnérabilité de la victime (enfants, handicaps, situation sociale......).

  • s'il existe des traumatismes antérieurs.

3) Au total les troubles psychotraumatiques sont graves et peuvent se chroniciser en transformant la vie des victimes traumatisées en un enfer s’ils ne sont pas identifiés au plus tôt et pris en charge de façon spécifique.

Il est donc essentiel que les victimes traumatisées soient prise en charge d’autant plus que le traitement est efficace.

Il est également essentiel que les auteurs de violences ne restent pas impunis et qu’ils soient pris en charge.

Les violences sont le plus souvent des conduites dissociantes et anesthésiantes, d'auto-traitement. Elles sont une drogue et génèrent une véritable addiction qui permet aux agresseurs d'échapper à une souffrance psychique liée à une mémoire traumatique provenant le plus souvent de violences subies dans l'enfance.

Les violences se développent :

  • sur un terrain d'inégalité et de discrimination qui permet le recours à des stratégies d'emprise et de domination, le dominé étant au service du dominant, soumis à ses désirs, instrumentalisé pour offrir au dominant plus de confort matériel, physique, psychologique et sexuel, le domaine familial étant le lieu privilégié où cette domination peut s'exercer (sur les femmes par les hommes, sur les enfants par les adultes), avec la complicité de la société qui ferme trop les yeux sur cette violence.

  • et sur un terrain traumatique de l'enfance, l'agresseur va pouvoir traiter ses angoisses (que l'univers familial, en réactivant une mémoire traumatique, réveille chez lui) aux dépens des plus faibles (ceux qui sont désignés comme «inférieurs», femmes, enfants) en rejouant des scènes traumatiques de son passé mais cette fois-ci en s'identifiant à son ancien agresseur, il se permet grâce à son sentiment de supériorité et d'impunité (offert par une société inégalitaire) d'utiliser le court-circuitage de l'amygdale, que génère le survoltage créé par la crise de violence, pour se soulager grâce à la dissociation et à l'anesthésie procurées. Il n'a pas à gérer lui-même sa souffrance psychique, un ou des «esclaves» sont là pour la gérer à sa place, soit en dépensant toute leur énergie pour éviter toutes les situations susceptibles de déclencher chez l'agresseur des crises, soit en cas d' «échec» en subissant la violence qui servira à le soulager.(1)

www.memoiretraumatique.org(1)